Héritage d'un immeuble : avez-vous des taxes à payer?
Recevoir un immeuble en héritage soulève une question incontournable : quelles taxes devrez-vous payer? Que ce soit une résidence principale, un immeuble à revenus ou un bien commercial, la succession d'un immeuble au Québec comporte des implications fiscales que tout héritier devrait connaître avant de prendre possession du bien.
Contrairement à ce que plusieurs croient, le Canada n'impose aucun impôt direct sur l'héritage. Cela ne signifie pas pour autant que la transmission d'un patrimoine immobilier se fait sans frais. Dans cet article, on démystifie les taxes applicables lors de la succession d'un immeuble, les exceptions possibles et les stratégies pour protéger votre héritage.
Succession et immeuble : comment fonctionne la fiscalité au Québec?
Au Québec, il n'existe pas de « taxe successorale » à proprement parler. L'impôt ne frappe pas directement l'héritier qui reçoit le bien. C'est plutôt la personne décédée qui est réputée avoir « vendu » l'ensemble de ses biens à leur juste valeur marchande au moment du décès. Cette fiction juridique, appelée disposition réputée, est le mécanisme central de la fiscalité successorale canadienne.
Concrètement, si le défunt possédait un immeuble à revenus acheté 400 000 $ et que sa valeur marchande au décès est de 900 000 $, un gain en capital de 500 000 $ est calculé. La moitié de ce gain, soit 250 000 $, s'ajoute au revenu imposable de la déclaration finale du défunt. C'est la succession qui devra acquitter cette facture fiscale avant de distribuer les biens aux héritiers.
Le rôle du liquidateur dans la succession d'un immeuble
Le liquidateur de succession (anciennement appelé « exécuteur testamentaire ») est responsable de produire les déclarations de revenus du défunt, de calculer les impôts dus et de s'assurer que toutes les obligations fiscales sont réglées. Il doit obtenir un certificat autorisant la distribution des biens avant de transmettre l'héritage aux bénéficiaires. Au Québec, il est possible de demander un certificat de distribution partielle pour accélérer le processus.
Héritage imposable : quels sont les impôts à prévoir?
Plusieurs types de taxes et d'impôts peuvent s'appliquer lors de la transmission d'un héritage immobilier. Voici les principaux à connaître.
1. L'impôt sur le gain en capital
L'impôt sur le gain en capital est souvent la facture la plus importante dans une succession impliquant un patrimoine immobilier. Tous les immeubles autres que la résidence principale sont touchés par cette règle : immeubles à revenus, chalets, terrains, propriétés commerciales.
Le calcul est le suivant : la valeur marchande du bien au décès, moins le prix d'acquisition original, donne le gain en capital total. La moitié de ce montant est ajoutée au revenu imposable du défunt et imposée selon les taux marginaux combinés (fédéral et provincial), qui peuvent atteindre entre 37 % et 53 % au Québec.
Exemple concret : Un immeuble à revenus de 6 logements acheté 350 000 $ il y a 20 ans vaut maintenant 850 000 $. Le gain en capital est de 500 000 $. La portion imposable est de 250 000 $, ce qui pourrait entraîner une facture fiscale de 90 000 $ à 130 000 $ selon le taux marginal applicable.
Exception importante : La résidence principale du défunt est généralement exemptée de l'impôt sur le gain en capital grâce à l'exemption pour résidence principale.
2. La TPS et la TVQ sur la transmission d'un immeuble
C'est un piège que peu d'héritiers connaissent. La transmission des biens d'une succession à ses héritiers est considérée comme une « vente » aux fins des taxes de vente. Si l'immeuble transmis est un immeuble commercial ou un immeuble à revenus inscrit aux fichiers de la TPS/TVQ, la succession pourrait devoir percevoir et remettre la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %).
Exception : Si l'héritier est lui-même inscrit aux fichiers de la TPS et de la TVQ, la succession n'est pas tenue de percevoir ces taxes. C'est pourquoi il est essentiel de vérifier le statut d'inscription de l'héritier avant la transmission du bien.
3. Les droits de mutation immobilière (taxe de bienvenue)
Les droits de mutation immobilière, communément appelés « taxe de bienvenue », s'appliquent normalement lors du transfert de propriété d'un immeuble. Toutefois, dans le cadre d'une succession, plusieurs exonérations existent.
Le transfert en ligne directe (ascendante ou descendante) est exonéré du paiement des droits de mutation. Autrement dit, si un parent lègue un immeuble à son enfant ou petit-enfant, aucune taxe de bienvenue ne sera exigée. Le transfert entre conjoints est également exonéré.
Attention : Si l'héritier est un frère, une sœur, un neveu, une nièce ou un ami, les droits de mutation s'appliqueront. Pour un immeuble évalué à 600 000 $, la facture peut dépasser 8 000 $, selon la municipalité.
4. Les taxes foncières et municipales
Les taxes foncières impayées du défunt devront être acquittées par la succession avant la distribution des biens. L'héritier qui conserve l'immeuble reprend la responsabilité des taxes foncières à compter de la date du transfert.

Succession d'un immeuble à revenus : les particularités à connaître
La succession d'un immeuble à revenus comporte des enjeux fiscaux supplémentaires qui méritent une attention particulière.
Revenus locatifs et déclaration fiscale
Tous les revenus locatifs générés entre le 1er janvier et la date du décès doivent être déclarés dans la déclaration finale du défunt. Si la succession continue de percevoir des loyers après le décès (pendant la période de liquidation), ces revenus devront être déclarés dans la déclaration de revenus de la succession elle-même, qui est une entité fiscale distincte.
Impact fiscal d'un portefeuille immobilier
Un propriétaire détenant plusieurs immeubles à revenus expose sa succession à une facture fiscale considérable. Sans planification, les héritiers pourraient se retrouver dans une situation où les liquidités de la succession sont insuffisantes pour payer l'impôt, ce qui forcerait la vente précipitée de certains actifs.
L'inscription aux fichiers TPS/TVQ
Si l'immeuble à revenus était inscrit aux fins de la TPS et de la TVQ, le liquidateur doit s'assurer de remplir les obligations liées à ces taxes. Il devra notamment produire les déclarations de TPS/TVQ pour la période précédant le décès et gérer la transition de l'inscription vers les héritiers, le cas échéant.

Immeuble en succession à vendre : les étapes fiscales
Lorsque les héritiers décident de vendre un immeuble reçu en héritage plutôt que de le conserver, des obligations fiscales supplémentaires entrent en jeu.
Établir la juste valeur marchande
La valeur marchande de l'immeuble au moment du décès devient le nouveau « coût d'acquisition » pour les héritiers. Si l'immeuble est vendu rapidement après le décès au même prix que la valeur estimée au décès, il n'y aura généralement pas de gain en capital additionnel à déclarer pour les héritiers.
Faire évaluer le bien
Pour un immeuble à revenus ou un bien de valeur importante, il est recommandé de faire appel à un évaluateur agréé afin d'établir la valeur marchande exacte au moment du décès. Cette évaluation servira de référence tant pour la déclaration fiscale du défunt que pour le calcul d'un éventuel gain ou d'une perte en capital lors de la revente par les héritiers.
Régler les obligations avant la vente
Avant de procéder à la mise en vente, la succession doit s'assurer que les taxes foncières sont acquittées, que les déclarations fiscales sont à jour et que le certificat de localisation est valide. Un notaire accompagnera les héritiers dans le transfert de propriété et la finalisation de la vente.

Héritage d'une résidence principale : un cas à part
La résidence principale du défunt bénéficie d'un traitement fiscal avantageux. Grâce à l'exemption pour résidence principale, le gain en capital réalisé sur cette propriété est généralement entièrement exempté d'impôt.
Toutefois, cette exemption ne s'applique qu'à un seul bien par famille par année. Si le défunt possédait à la fois une résidence principale et un chalet, il faudra désigner lequel des deux bénéficiera de l'exemption. Le choix stratégique dépend généralement de la propriété ayant accumulé le gain en capital le plus important.

Stratégies pour protéger votre patrimoine immobilier en héritage
Plusieurs outils de planification successorale permettent de réduire l'impact fiscal sur le patrimoine immobilier transmis aux héritiers.
Le roulement au conjoint
Léguer des biens à son conjoint permet de reporter l'impôt sur le gain en capital jusqu'au décès du conjoint survivant ou jusqu'à la vente du bien. C'est l'abri fiscal le plus utilisé en matière de succession.
Le gel successoral
Le gel successoral est une stratégie qui consiste à « figer » la valeur d'un actif à un moment donné, de sorte que toute croissance future profite aux héritiers sans générer d'impôt additionnel au décès du propriétaire. Cette technique est particulièrement utile pour les propriétaires d'immeubles à revenus dont la valeur est en forte croissance.
L'assurance-vie
Souscrire une police d'assurance-vie permet de fournir les liquidités nécessaires pour payer la facture fiscale au décès, sans forcer la vente des immeubles. Le produit de l'assurance-vie est versé directement au bénéficiaire désigné, hors succession, et n'est pas imposable.
La fiducie testamentaire
La création d'une fiducie testamentaire en faveur du conjoint permet de reporter l'impôt et de mieux contrôler la distribution des revenus provenant des immeubles à revenus, réduisant ainsi l'impact fiscal global.
Avez-vous hérité d'un immeuble ?
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Questions fréquentes sur le TAL
Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique ou fiscal. Consultez un professionnel qualifié (notaire, fiscaliste, comptable) pour obtenir des conseils adaptés à votre situation personnelle.
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